RAPPORT DE MISSION EST – CAMEROUN
ARRONDISSEMENT DE MINDOUROU
VILLAGE DIOULA
07 – 20 AOUT 2024
Rappel des différentes activités
Activité 1.1:Identifier et impliquer les leaders communautaires et autochtones
Activité 1.2 : Promouvoir la mise en réseau
Introduction
La mission a débuté au siège avec une formation dédiée à la sécurité, une étape essentielle pour préparer l’équipe aux défis potentiels sur le terrain. Cette formation avait pour objectif de sensibiliser aux risques inhérents à la région, tels que les conditions géographiques difficiles, les tensions éventuelles avec les communautés locales. La formation a insisté sur les protocoles de sécurité à respecter, y compris les mesures de prévention des incidents, les procédures d’urgence, et les comportements à adopter en cas de situation critique.
Cette session a également couvert l’importance de la sécurité physique. L’équipe a été équipée non seulement de connaissances théoriques, mais aussi de compétences pratiques, telles que l’utilisation d’équipements de sécurité, la navigation dans des zones à risque, et la communication efficace en cas de besoin. En commençant par cette formation, la mission a pu s’assurer que l’équipe était bien préparée, augmentant ainsi les chances de succès tout en minimisant les risques sur le terrain.
Contexte et Justification :
Dans le cadre dudit projet, une mission terrain a été organisée à MINDOUROU, dans la région de l’Est Cameroun. L’objectif principal de cette mission était de renforcer la communication autour du projet dans les communautés et de structurer un réseau entre les leaders traditionnels, les autorités administratives et les ONG locales impliquées dans la lutte contre les crimes environnementaux.
Objectifs de la mission :
Présenter les avancées et les enjeux du projet [Nom du Projet] aux parties prenantes locales.
Faciliter le dialogue entre les leaders communautaires, les autorités administratives, et les organisations non-gouvernementales (ONG).
Identifier les besoins en renforcement des capacités des leaders traditionnels pour une participation effective dans la lutte contre les crimes environnementaux.
Structurer un réseau de collaboration pour une action concertée contre les crimes environnementaux dans la région.
Pour atteindre objectivement les objectifs de la mission, l’équipe a dû s’adapter aux contraintes administratives rencontrées sur le terrain. Cela a impliqué une flexibilité dans la planification des activités, prenant en compte les disponibilités et les priorités des autorités locales. Les discussions initiales avec les responsables coutumiers ont permis d’ajuster les approches et de trouver un terrain d’entente pour maximiser l’efficacité des rencontres avec les leaders traditionnels, les autorités et les associations.
Cette adaptation a été cruciale pour garantir l’engagement des parties prenantes et la réussite de la mission. En se conformant aux exigences administratives, tout en maintenant le cap sur les objectifs du projet, la mission a pu structurer un réseau de collaboration solide, aligné sur les réalités locales et capable de répondre aux défis de la lutte contre les crimes environnementaux dans la région de l’EST.
L’activité 1 de la mission a été cruciale pour identifier et impliquer les leaders communautaires et autochtones dans le projet. Cette étape a commencé par des rencontres ciblées avec les notables et chefs de communautés locales, qui sont les figures clés pour mobiliser et influencer les populations. Ces leaders traditionnels, en raison de leur position et de leur respect au sein des communautés, ont été identifiés comme des acteurs essentiels pour la mise en œuvre des actions de sensibilisation et de protection de l’environnement. La mission a pris soin d’écouter leurs préoccupations, d’expliquer les objectifs du projet, et de solliciter leur soutien actif, assurant ainsi leur engagement dans les activités futures.
Ces rencontres ont non seulement permis d’établir une relation de confiance, mais ont également aidé à adapter les stratégies du projet aux réalités culturelles et sociales de chaque communauté.
En impliquant directement les notables et chefs, l’équipe a pu renforcer l’adhésion des communautés locales au projet, garantissant ainsi une base solide pour les actions à venir. Cette approche participative a été essentielle pour assurer que les initiatives prises soient en harmonie avec les traditions et les dynamiques locales, facilitant ainsi leur acceptation et leur succès à long terme.
- Réunion communautaire
L’arrivée des membres de l’association Apadime à dioulà a été facilitée par le point focal. Dès notre arrivée, nous avons été accueillis par le chef du Village Dioulà qui n’a pas manqué de nous parler de son village, son histoire, ses voisins et les différentes communautés présentes dans son espace de gouvernement. Suite à ce chaleureux accueil, la coordonnatrice du projet a planté le décor en présentant les membres du projet, ensuite l’association, ses objectifs et missions et enfin, le projet « Réseau des défenseurs environnementaux luttant contre la criminalité environnementale transnationale dans les forêts du Bassin du Congo ».

Le déroulé du projet a permis de présenter les objectifs généraux, les acteurs Etatiques impliqués ainsi que les activités à mener dans le village de Dioulà. Suite à cette présentation le chef de Dioulà, a réunis ses notables ainsi que les membres de sa communauté afin que nous nous entretenions avec eux. Le rassemblement de la communauté a permis de mener une mission de sensibilisation sur les questions de criminalité environnementale.
En somme, La réunion communautaire à Dioulà a été une grande réussite. Elle a permis d’informer la population sur les objectifs du projet, de sélectionner les leaders communautaires, et d’évaluer les besoins et attentes de la communauté. Le succès de cette activité est principalement attribué au travail préparatoire du point focal local. Grâce à son engagement en amont, il a pu mobiliser efficacement les membres de la communauté, ce qui a conduit à une forte participation et à une dynamique positive lors de la réunion. La préparation logistique et la sensibilisation préalable ont également joué un rôle clé dans cette réussite.
1.2. Sélection des leaders communautaires
La rencontre a permis d’identifier 12 leaders communautaires qui respectaient les critères de sélections prédéfinis par l’association au préalable. Dans le cadre de l’élaboration des critères d’identification des leaders et chefs communautaires, une attention particulière a été accordée à la promotion de l’inclusion des femmes, en réponse à une marginalisation systématique qu’elles subissent depuis longtemps en matière de gestion des ressources forestières. Traditionnellement, les femmes dans les communautés locales et autochtones jouent un rôle central en tant que gardiennes et gestionnaires de ces ressources. Leur savoir-faire, souvent transmis de génération en génération, est crucial pour la préservation des écosystèmes locaux. Cependant, leur contribution est fréquemment sous-évaluée ou ignorée dans le processus de prise de décision. Reconnaissant cette injustice historique, les critères d’identification des leaders et chefs communautaires ont été spécifiquement conçus pour mettre en avant les femmes et leur donner une place légitime. Dans le cadre de ce projet suivant, un tableau a été établi pour identifier les leaders. Ces critères sont au nombre de 8, la moyenne étant de 4/8, seront pris comme leaders ceux et celles qui cochent quatre (4) critères sur huit (8). Toutefois, il est possible en interne si le nombre de cibles par communauté n’est pas atteint de revoir la moyenne à trois (3).

| Critères | Description | Indicateurs | |
| Engagement communautaire | Niveau d’implication dans les activités communautaires et environnementales | – Participation régulière aux réunions communautaires – Implication dans les projets de conservation locale | |
| Leadership reconnu | Reconnaissance en tant que leader par la communauté | – Élu.e ou désignée par la communauté
– Recommandations par les membres de la communauté |
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| Connaissance des pratiques de gestion forestière | Connaissance et expérience dans la gestion durable des ressources forestières | – Expérience documentée en gestion forestière, criminalité environnementale
– Participation à des formations sur la gestion des ressources naturelles |
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| Capacité de mobilisation | Aptitude à mobiliser les membres de la communauté pour des actions collectives | – Historique d’organisation d’initiatives communautaires
– Preuve de réussite dans la mobilisation de ressources humaines et matérielles |
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| Sensibilité à la question de genre | Engagement pour l’inclusion et l’autonomisation des femmes dans les projets environnementaux | – Initiatives prises pour inclure les femmes dans des projets et appartenance à des associations
– Appui aux activités des groupes de femmes locaux |
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| Intégrité et transparence | Réputation d’intégrité et de transparence dans les activités et les prises de décision | – Historique sans incidents de corruption ou de mauvaise gestion
– Transparence dans les rapports d’activités et financiers |
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| Capacité d’adaptation et d’innovation | Aptitude à adopter des nouvelles pratiques et à innover dans la gestion des ressources naturelles | – Ouverture aux nouvelles idées et technologies
– Initiatives innovantes mises en œuvre dans la communauté |
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| Réseaux et partenariats | Existence de réseaux et partenariats avec d’autres organisations ou institutions | – Partenariats établis avec des ONG, des institutions gouvernementales ou des projets internationaux
– Participation à des réseaux de défenseurs de l’environnement |
Par la suite, en collaboration avec le chef du village et les notables, douze (12) leaders ont été sélectionnés pour former le noyau du réseau local de défenseurs environnementaux. Cette équipe est composée de 6 (six) femmes (incluant une représentante des peuples autochtones, six (6) hommes dont un jeune, Cette diversité assure une représentation équilibrée des différents segments de la communauté, facilitant une approche inclusive dans la lutte contre la criminalité environnementale. Enfin, après la sélection, une évaluation des besoins des leaders a été effectuée, permettant de structurer le réseau en tenant compte des spécificités locales. Les défis, challenges et attentes des membres ont été identifiés, fournissant une base solide pour le développement des actions futures de l’équipe.
Le projet étant genré, il était primordial de renseigner l’impact des actions sur les femmes. Les femmes sélectionnées, dont une représentante des peuples autochtones, ont bénéficié d’une reconnaissance accrue au sein de la communauté. Leur inclusion dans le réseau leur donne non seulement une plateforme pour s’exprimer, mais aussi des outils pour influencer les décisions locales en matière de protection environnementale. Le village Dioulà a une forte population jeune, celui qui a été pris comme leader a fait l’unanimité auprès de la communauté. Son implication au sein de ce projet va renforcer la transmission intergénérationnelle des valeurs de préservation et d’engagement communautaire. Enfin, le projet a pris en compte les besoins spécifiques des individus vulnérables, en particulier ceux des peuples autochtones, grâce à la représentation dans le réseau. Cela permet de s’assurer que les actions du projet sont inclusives et adaptées aux réalités des groupes marginalisés.

1.3. Rencontre avec les autorités locale de la commune
Bien que les rencontres avec les autorités administratives (maire et sous-préfet) aient finalement eu lieu, elles ont été marquées par des défis importants. Ces rencontres n’ont pas toujours été faciles à organiser. Les autorités locales ont souvent des agendas très chargés et imprévisibles, ce qui a entraîné de longues attentes et des reports fréquents. Cela a ralenti la mise en œuvre de certaines décisions et la coordination globale du projet.
Pour surmonter ces obstacles, l’équipe du projet a adopté une stratégie de flexibilité, en s’adaptant aux agendas des autorités et en maintenant une communication constante pour planifier les réunions dès que possible. Une anticipation accrue et des suivis réguliers ont également été mis en place pour maximiser les opportunités de rencontre. Même le caractère contraignant des déplacements entre le village Dioulà et le centre de la commune n’ont pas poussé l’équipe à se décourager. Pour pallier ce problème, l’équipe a dû organiser des transports spécifiques pour les déplacements essentiels et envisager des solutions alternatives comme l’utilisation de motos ou la coordination avec les rares moyens de transport disponibles. Des réunions décentralisées, plus proches du village, ont également été considérées pour minimiser les déplacements.
L’analyse critique révèle que malgré les défis logistiques et administratifs, le projet a réussi à impliquer la communauté de manière significative grâce à une préparation minutieuse et une flexibilité dans l’exécution des activités. Les écarts observés ont été principalement dus à des facteurs externes, comme les agendas imprévisibles des autorités et les contraintes de transport, mais des solutions adaptées ont permis de maintenir le cap sur les objectifs du projet.
1.4. Les défis rencontrés
Le projet avait prévu de sélectionner deux personnes directement issues de la communauté autochtone pour les intégrer parmi les leaders du réseau. Ce plan a dû être modifié en raison de plusieurs défis :
- Disponibilité : Les membres de la communauté autochtone, en particulier les hommes, ont des modes de vie nomades, passant de longues périodes en forêt pour des durées indéterminées. Cette mobilité rend difficile leur engagement régulier dans les activités du projet.
- Documentation Administrative : Les membres les plus âgés de la communauté manquent souvent de documents administratifs, ce qui les empêche de se déplacer pour participer aux formations ou autres événements du projet.
- Problèmes Sociaux : La participation des membres autochtones à la réunion communautaire a parfois été affectée par des problèmes de disponibilité, rendant difficile leur sélection immédiate.
- Difficultés logistiques : difficultés des moyens de transport
En réponse à ces défis, une femme, considérée comme une « marraine » par la communauté autochtone, a été désignée pour les représenter au sein du réseau. Cette femme, qui a offert une partie de ses terres pour l’installation du campement de la communauté autochtone, est en mesure de mieux défendre leurs intérêts et de garantir leur inclusion dans les décisions et actions du projet.
Ces changements ont été rendus nécessaires par les réalités socioculturelles et logistiques observées sur le terrain. La flexibilité du projet a permis de s’adapter aux besoins spécifiques de la communauté autochtone, tout en assurant que leurs intérêts soient représentés de manière efficace. L’inclusion de la marraine comme représentante démontre une compréhension approfondie des dynamiques locales et une volonté d’inclure les voix autochtones, même si cela nécessite des ajustements par rapport au plan initial. Si le projet a dû s’écarter de ses plans originaux, ces amendements ont permis une meilleure adaptation aux conditions locales, assurant ainsi une mise en œuvre plus réaliste et durable.

2.1 Réunion avec les Leaders et les Chefs pour évaluer les Besoins en Renforcement de Capacité sur la Criminalité Environnementale à Dioulà
Après la réunion communautaire et la sélection des 12 leaders communautaires qui vont porter le projet au niveau de l’EST, l’équipe a organiser une réunion dans les locaux de la mairie afin de présenter les deux leaders et par la suite tenir une rencontre qui a permis d’évaluer les besoins en renforcement de capacité. L’objectif général de cette réunion était d’évaluer les besoins en matière de renforcement de capacité des leaders et des chefs afin de lutter efficacement contre la criminalité environnementale
De cet échange, trois (3) thématiques ont été émises comme besoin au niveau des leaders :
-législation forestière
-protection des droits des peuples autochtones
-criminalité transfrontalière
Après discussion avec les leaders les trois propositions ont été prises en compte par l’équipe du projet. Cela permettra de mieux orienter le choix des formations à venir d’identifier les besoins en terme de renforcement de capacité des leaders et des chefs pour lutter contre la criminalité environnementale, d’élaborer des recommandations pratiques pour des actions futures, de renforcer de la collaboration entre les différents acteurs impliqués dans la protection de l’environnement.
2.2. Structuration du réseau
Le réseau des défenseurs environnementaux a été structuré de manière à être autosuffisant. Des mécanismes de gouvernance interne ont été établis, incluant des rôles clairs pour chaque leader, et des systèmes de communication efficaces au sein du réseau. En outre, des efforts ont été faits pour intégrer les autorités locales dans les activités du réseau, afin de s’assurer qu’elles soutiennent et reconnaissent officiellement les actions menées par le réseau. Cela contribue à garantir une continuité institutionnelle et un appui pour les initiatives futures. Cette inclusion des autorités, des médias augmentent les chances de durabilité. Tout comme, la reconnaissance officielle des actions du réseau par les autorités locales contribue à leur pérennité.
Conclusion
L’une des réussites majeures du projet a été la tenue de la réunion communautaire, qui a vu une forte participation des habitant.es grâce au travail préparatoire effectué par le point focal. Cette implication en amont a permis non seulement d’assurer une bonne participation, mais aussi de renforcer la confiance et l’engagement des communautés locales.
Il est essentiel de toujours inclure une phase de sensibilisation et de mobilisation communautaire dès le début d’un projet. Cette étape doit permettre de créer un lien de confiance avec les communautés, de les impliquer dans la planification et de s’assurer que leurs préoccupations sont prises en compte. Des initiatives telles que la formation des points focaux locaux ou des leaders communautaires peuvent être d’une grande aide pour maximiser l’impact des réunions et autres activités sur le terrain.
Cette mission de sensibilisation future sera renforcée par la collaboration établie avec la radio locale (Radio Soleil), après un échange avec le responsable de la radio il a été question de mettre sur pied des stratégies de diffusion et de sensibilisation du projet dans la commune. Au-delà de cet aspect, cette collaboration permettra aussi d’évaluer l’impact de la mission à cours, moyen et long terme.
Toutefois, les missions à venir devront intégrer des stratégies logistiques flexibles, en prévoyant des solutions alternatives pour les déplacements et en prenant en compte les contraintes d’accès aux zones reculées. De plus, la coordination avec les autorités administratives devrait inclure des marges de manœuvre pour s’adapter à leurs contraintes professionnelles. Il pourrait être utile d’établir des points de contact locaux ou des relais pour faciliter ces interactions.
Aussi, les projets doivent être sensibles aux réalités socioculturelles des communautés locales. Cela signifie comprendre les structures sociales existantes, les rôles des différents acteurs, et adapter les approches pour garantir une participation inclusive. La création de solutions adaptées, comme la désignation de représentants communautaires qui ont l’autorité et la confiance des membres de la communauté, peut être essentielle pour l’efficacité du projet.